FRÈRES EN AFFAIRES - GRAPHIUS

'Je ne me souviens pas qu'on se soit jamais disputés.'

Dans un paysage où les PME familiales sont florissantes, Graphius est sans aucun doute l'un des nombreux exemples brillants. Travailler avec la famille n'est pas toujours facile, mais très souvent cela mène à de grands succès. C'est également le cas du couple de frères Geers. Cette troisième génération de Geers a fait de Graphius une entreprise industrielle d'impression et de reliure verticalement intégrée avec des départements à Gand, Bruxelles, Nazareth et Paris. La production intégrée de livres, de magazines, de catalogues et de brochures s'effectue entièrement en interne, de sorte que l'imprimerie conserve un contrôle maximal sur les délais et la qualité et est ainsi devenue l'un des leaders dans son secteur. "Grâce à diverses acquisitions d'imprimeries au cours des dernières années, nous sommes devenus le plus grand groupe graphique en Belgique. Nous croyons fermement à la consolidation comme stratégie pour rester une entreprise graphique rentable dans une économie mondiale ", déclare Denis Geers, PDG. Avec son frère et le directeur financier Philippe, il dirige Graphius. Nous nous sommes assis autour de la table avec ces " frères en affaires " pour une fascinante double conversation.

Votre grand-père André Geers a fondé Geers Offset en 1928. A la fin des années 70, vos parents Emiel et Micheline ont repris l'imprimerie. Etiez-vous destiné à suivre leurs traces?

Denis: "Enfant, nous avons souvent visité les imprimeries, qui étaient encore dans le village d'Oostakker à l'époque. Grand-mère et grand-père vivaient juste derrière et nous venions régulièrement manger nos sandwichs l'après-midi et faire nos devoirs après l'école".

Philippe
: "En tant que jeunes invités, nous y faisions bien sûr notre travail de vacances. À la maison aussi, on parlait inévitablement beaucoup de l'imprimerie. Nous n'avons jamais su le contraire."

Denis: "A la fin des années 1990, nos parents ont été confrontés à l'essor d'Internet. L'avenir de l'imprimerie était très incertain en raison de la numérisation croissante et c'est pourquoi j'ai commencé mes études de droit. Mais après mon baliestage, j'ai remarqué que je passais tout mon temps libre à l'imprimerie de toute façon. D'une chose est venue l'autre : en 2000 j'ai rejoint l'entreprise et mon frère m'a accompagné peu après."

Philippe: "J'ai étudié la comptabilité-fiscalité. J'ai toujours eu l'ambition de m'impliquer quelque part. Mais comme Denis, je ne me suis jamais senti obligé. C'était juste un choix logique."

Le bon choix apparament, car aujourd'hui Graphius est une entreprise forte qui compte pas moins de treize imprimeries.

Denis: "En effet, la dernière décennie a connu un retournement de tendance, le papier ayant connu un renouveau important. Grâce à diverses acquisitions stratégiques, Graphius - qui existe depuis 2009 - propose une large gamme de services et de spécialisations à un large public cible."

Philippe: "Cette intégration verticale est sans doute notre plus grande force, avec le fait que nous faisons tout en interne. Chaque jour, nos 370 collaborateurs enthousiastes sont prêts à aider nos clients à assurer des livraisons toujours plus rapides d'imprimés de qualité supérieure. Nous disposons à cet effet de machines modernes et complètes."

Denis
: "Nous sommes actifs non seulement en Belgique, mais aussi en France, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et même en Amérique. Nous y avons de nombreux musées comme clients, pour lesquels nous produisons des livres d'art et des catalogues de haute qualité. Ces clients exigent des imprimés de la plus haute qualité et ils sont venus au bon endroit pour le faire".

Deux frères à la tête de l'entreprise familiale : comment ça marche ? Par exemple, avez-vous une répartition claire des rôles ?

Philippe
: "En tant que CFO, je m'occupe de la gestion financière et du staffing. Denis est responsable de la direction générale et des aspects commerciaux. Il s'agit d'une division claire du travail en fonction de ce que nous savons faire et elle a été excellente dès le départ. Je ne me souviens pas qu'on se soit jamais disputés.

Denis: "Je pense qu'il est de toute façon plus facile de diriger une entreprise avec un membre de la famille qu'avec un actionnaire externe. Nos parents l'ont fait avant nous et en ont été l'exemple parfait à cet égard. Ils sont aujourd'hui à la retraite, mais ils viennent encore souvent ici, par exemple pour manger un morceau ensemble l'après-midi. Ils aiment garder un oeil sur leurs deux fils, je crois. Nous sollicitons régulièrement leurs conseils sur certaines situations ou projets."

Vous vous voyez encore en dehors des heures de travail?

Denis: " De toute façon, nous avons passé beaucoup de temps ensemble au travail, donc nous ne nous rendons pas visite consciemment les uns les autres le week-end. Nous ne vivons plus non plus à Oostakker - j'ai déménagé à Lochristi et mon frère vit à Destelbergen. Quand on se voit le week-end, c'est ici, dans l'entreprise. C'est calme alors et nous venons souvent tous les deux pour dépasser un peu de travail."

Philippe: "Bien sûr, on se voit aux réunions de famille avec nos femmes et nos enfants, mais il ne s'agit jamais vraiment de l'imprimerie. Il y a assez d'autres choses à dire. Il y a aussi une vie à côté du travail."

Que signifie vivre à côté du travail pour deux hommes d'affaires occupés?

Denis: "On travaille beaucoup tous les deux, mais il faut pouvoir remettre à plus tard, sinon on ne tiendra pas des années. Je suis un agriculteur amateur, j'adore travailler dans le jardin. Dans mon potager, je viens vraiment me reposer. J'aime aussi passer du temps avec ma famille, j'ai deux fils énergiques."

Philippe: "J'ai deux filles. Des raisons suffisantes pour sauter sur mon vélo de temps en temps ou pour faire un tour (rit).

Denis: "Nos enfants, comme nous à l'époque, sont déjà pleinement conscients de l'industrie de l'imprimerie.
Ils sont les bienvenus ici et mon fils aîné m'a déjà confié qu'il aimerait aussi travailler ici quand il sera grand. Bien sûr, il n'a que huit ans, alors on verra. Mais je ne l'arrêterai certainement pas. Ce serait bien que nos enfants nous succèdent. Bien que je me demande parfois si ça se passerait aussi bien avec un cousin et une nièce qu'avec deux frères...".

Quels sont les plus grands défis de l'industrie graphique aujourd'hui?

Denis: "Ce n'est pas facile de trouver du personnel bien formé. Le problème est que les étudiants en arts graphiques apprennent à travailler sur des machines très dépassées, qui ne sont plus utilisées dans la plupart des imprimeries aujourd'hui. J'en ai déjà parlé dans Febelgra, la fédération du secteur graphique belge, dont je suis le président. Espérons donc que les choses changeront bientôt."

Philippe
: "Dans notre entreprise en particulier, c'est un défi passionnant que de réunir près de 400 personnes de cultures d'entreprise différentes. Nous faisons de notre mieux pour préserver le caractère familial de notre entreprise, bien qu'il y ait inévitablement beaucoup de hiérarchie, surtout parmi les travailleurs. De toute façon, la porte de notre bureau est toujours ouverte à nos gens, ils le savent. Nous voulons qu'ils viennent travailler et je suis fier que nous n'ayons presque pas de roulement. Nous attirons aussi beaucoup de jeunes, ce qui est important pour l'avenir."

Quelle est votre ambition pour l'avenir ? Y a-t-il d'autres regroupements en cours ?

Denis: " La consolidation en cours va se poursuivre pendant encore quelques années. Nous avons encore beaucoup de projets... Mais nous ne voulons pas grandir "pour grandir", que ce soit clair. Nous voulons construire sur nos sites existants et optimiser notre efficacité et notre productivité. Acquisitions et événements de collaboration toujours avec une vision spécifique, à savoir devenir meilleur dans ce que nous faisons. Rester l'acteur fort que nous sommes aujourd'hui est notre ambition la plus grande."